La nuit se met à crier.
Le couple réuni fait grincer ses corps par des mots qui cognent le cerveau.
Pas de problèmes majeurs,
Seule la présence ou l'absence d'un fauteuil,
Une pièce plus grande ou plus petite
Pour mettre ce fauteuil absent dans cette pièce qui n'existe pas.
Puis une tempête de lettres
Sur la couleur de ce fauteuil inexistant et des crachats sanglants
Sur le tissu de la couleur invisible du fauteuil imaginaire posé au milieu d'un vide magnifique.
Et une joue qui frissonne sous un baiser qui existe.
Les enfants trichent en jouant au ballon avec leur mort.
De la lumière au bout des doigts descendre le long du fleuve.
Ne plus jamais se dire de ne plus jamais se mentir.
Mensonge convaincu dans l'essentielle suite des sons.
Sortir de soi, visiter les autres.
S'offrir si l'on veut bien être pris.
Ne pas s'étonner si personne ne se penche ou ne voit le don.
Attendre simplement que le don soit manifeste,
Vu et compris par celui qui passe
Et celle qui sait.
Être offert, être don, vaincre sa peur et celle des autres.
Assis sur un banc,
Là-bas des enfants qui trichent en jouant avec la mort.
De la lumière au bout des doigts, attendre doucement que le silence devienne opaque,
Que la nécessité du signal traverse le fleuve.
Le silence souterrain des mots est un piège où les abeilles se perdent.
La notion d'enfer triste est à relier au ballon des tricheurs.
Dans le crépuscule de la nuit tombante
Un blanc bruit s'éloigne
Qui souligne le gémissement de la source.
Le parfum de l'orage en tire son origine
Suggestion surgie du crépuscule.
Avec gravité tourbillonne le ventre parmi la nuit des rires et des verres qui s'épuisent.
Avec gravité le sourire figé et le sourire en service des éternelles enfants
Qui ne trichent même pas en restant toujours les mêmes.
Les oiseaux ont toujours tendance à m'envahir sans cesse
Cachant de leurs ailes toutes les visions autres d'eux-mêmes.
Mémorisés par la patience d'autres mots viennent se coucher quand même.
Les tristes ennuis d'une trop courte vie se crispent souvent autour des abricots morts.
Avec gravité et tendu par l'effort
Le geste qui tourne parmi les tables
Le ventre luit des miettes d'une eau fatiguée.
Un goût de sel dans la bouche,
L'homme essuie ses lèvres douces d'une peau molle.
Avec gravité, les pieds tournés vers une lumière verte qui dit :
— Ici, c'est l'aube.
Les mettre en pot,
cueillir leurs sons et goûter leurs gelées furtives de leurs accouplements,
voilà les joies de l'amateur de mots cachés en chambre.
Sens giratoire faussé
Des mots se sont écrasés contre le bord de la chaussée…
Tu vois ça d'ici, ces pauvres mots éventrés,
qui se traînent, qui crient leur haine
Viscères éclatées…
Des milliers d'étoiles filantes
Dans les yeux d'Agathe
Tous les jours qui vont venir
Avec chacun une grande joie
Terrible ou douce,
Chaque jour quelque note nouvelle
Pour jouer la vie avec souffle et soleil
Eau douce ou salée,
Vague ou goutte d'amour léchée.
L'amour dans un sablier d'eau froide.
La recherche du titre obsède le poète durant tout un été.
Je recherche mon titre avec obscénité.
Chacun se dit ce qu'il est.
Avec toutes les déclinaisons du possible autour de l'être haï.
Même si de plus en plus évidentes, les soirées s'amenuisent,
Les rapaces trembleurs persécutent toujours.
Tuer les rapaces.
Franchir l'harmonie durement reconquise.
Elle glisse la longue nuit de mes armes.
La jolie péniche au bois de rose est passée sans rien voir,
Sans rien vouloir voir.
La nuit n'a pas de valeur d'échange.
Des accents sentimentaux passent à travers les toiles.
Nos mots ont la scoliose des placards tristes.
Pas de silence pour les amoureux du noir.
Un marchand de vin et d'espace est parti habiter une page vide.
Le ruisseau s'endort.
La fille avec des fleurs sur les fesses
Les jambes, les cuisses en fleur
Dort sous la couverture entre les draps.
Le violoncelle gémit.
Un ruban triste et solennel tourne
Avec un clavecin qui scande le temps d'une sieste.
Dimanche après-midi deux mai
Avec des fleurs sur les cuisses
Le ventre les jambes les fesses
Trois fleurs pour un dimanche.
Elle est belle, là-dessus aucun doute
Longs cils traversant l'espace
Longs, des kilomètres de cils
Et qui vous disent des milliers de choses tendres et belles
Mais seul le soleil les entend
Car elle ne parle pas
Ne parle plus
Depuis que la mort lui a volé
Son amour.
La mort, c'est pas seulement la mort
C'est aussi l'oubli, la haine,
L'éloignement et surtout
Cette saloperie d'indifférence qui recouvre tout
Et efface les baisers
Comme des petites fleurs oubliées
Et puis les pensées qui meurent
Qui deviennent cadavres
Et lui, lui qui rit
Comme si de rien de rien.
Elle est belle
Là-dessus aucun doute mais ses lèvres,
ses lèvres n'ont plus de baisers à donner
et ses nuits plus personne à abriter
et elle a de longs cils qui traversent l'espace
et personne personne dans ses nuits ne lui caresse plus les lèvres.
Encore un adieu qui s'en va
Encore un amour qui s'éloigne
Vers des frontières éloignées
Et puis un oiseau
S'écrase sur la façade de l'immeuble en face.
C'est mon cœur jaillissant de la cage
Qui fait cette tâche irrégulière et rouge.
Être au service de soi-même.
Son seul guide,
Sa propre conscience.
Rester conscient de sa force,
Savoir être.
Refuser de passer derrière le décor.
Sculpter jour après jour sa vie.
N'écouter que les bruits provoqués par la nuit.
Trembler doucement en espérant trouver
Un autre chemin,
Vierge de toutes salives et nu de tous regards.
Le malheur c'est que tu le sais et tu en joues
Comme d'un piano que tu connais et que tu maîtrises
Mais chaque piano peut se désaccorder
Et crever sous tes doigts
Sans que tu saches pourquoi.
Fonction de la température
Du sens du vent
Du passage d'une autre pianiste
Dans le tour des mains accessibles
Aux touches
Et puis le vent le vent qui glisse et se trémousse
De jour en jour de plus en plus fort.
Et puis la mousse qui s'amasse sous les touches
Non jouées non plus utilisées et délaissées
Et qui pourrissent
Abandonnées.
Samedi deux mai mille neuf cent quatre-vingt-sept années
Après la date présumée de la naissance du fils du père
Qui était lui-même et qui féconda la femme par force du désir,
Sans la toucher dit-il et s'enfanta de lui-même
Et se mangea le corps tout en l'offrant à d'autres
Se partageant lui-même et se mangeant lui-même,
S'insultant au nom du père de lui-même
Étant lui-même son père,
Et bien, aujourd'hui, il a fait froid à Paris,
Ville lumière,
À vue de nez, il faisait treize degrés trois quart
Et je suis là, fils de mon père et de moi-même,
L'autre n'était pas fils, à douze ans, il était déjà grand-père
Et il fait toujours froid à Paris,
Je n'ai pas parlé de l'heure,
Il est vingt-deux heures douze et j'écris,
Un goût de fromage de chèvre au creux de la bouche
Qui me fait sentir la présence de ma langue dans ma bouche.
Et je pose le mot fin et je mets un point.