Soleil d'encre
Merveille ciel de tristesse
Le temps de vivre
Plus d'amour, la vie vide
Devant l'éternité, le silence répond à la tristesse
Mais dans le ciel, une splendide noirceur
Fait oublier les mots de haine.
Seul mais indifférent, avec dans le coeur
Un souvenir antique
Celui de deux mains croisées sur le même idéal.

Dernier whisky et peinture
Mots inconnus de moi
L'héritage est nu
Je viens de moi
Je ne sais plus rien de toi
Quand j'avais soif
Je ne t'ai pas bue
Et tu es morte de soif.

Avec Toi
Le vent se glisse
Sous moi
Et ricane devant mon corps.
Et c'est raté
Il faut gommer
Cette nuit de ta vie
Et celle-ci aussi
Oublier deux nuits pour que cesse
Ce ricanement qui vient trop tôt.
La nuit avancée...
Il faut inverser car maintenant
C'est fini.
J'expliquerai à la postérité
Que l'amour vertical
N'est pas si idiot que ce poème
Qui ne veut dire qu'amour.

Tout est mort
Il ne reste que la volonté de mourir.
Devant le monde une subtile pensée s'élève
Tout est mort
Il ne reste plus de chansons
Et même dans le vent futur
Des larmes coulent.
Et même dans le vent
Des larmes coulent.

Pas toujours facile
Pas toujours facile de savoir ce que l'on pense,
Si l'on pense...
Des fois on s'embrassait, tu sais
Et c'était bon malgré le contact des autres
Qui pressaient leurs corps
Contre le matin durant ces voyages de métro.
Dans les rares fois
Où je suis seul sur une feuille,
J'écris ce que je pense

Studio blanc
J'attends de pouvoir dire le mot fin au fond d'un son noir
Au fond d'un soir où j'aurais pu dire
Je voulais faire de la batterie avec des pinceaux sur la toile géante
de ta vie
de ta vie j'ai bien dit
la mienne est déjà peinte depuis longtemps
par ton désir et par le désir de l'enfant que tu n'as pas voulu voir venir au jour

Jouer aux cartes
Opium des filles, le solitaire répand son attente
Pourtant le professionnel redouble son lien
Ses cartes dansent entre les dents du hasard.
Trois hommes ruinés par la malchance d'un as.
Toussent les croupiers vineux
Gloussent les rentières ennuyées
Pendant que glissent les cartes sur les âmes
Les jetons se collent aux mains
La nuit tombe sur eux.
Ils jouent toujours des jours d'hôtel
Des vacances prolongées, osées
Ils perdent le soleil
Ils le laissent derrière les nuages.
La sauvage est morte; la reine triomphe
L'as est sorti.

Emballage express
Entre le vent de tes cuisses
Se promène le frottement de mon vice
L'idée substance
Idées d'avance.
Je sais
Ca rime si mal que ça n'est pas normal.
Seulement, j'ai dans l'idée
Que la ruine du lac ridé
Sera si peu de chose
Que pas une rose
Ne me dira
Que cela ne va pas,
Que cela ne suffit pas...

Doux son crissant
Il faudrait pour que tu sois ma chose
Que je me creuse la cervelle un peu plus
Mais il me reste si peu de cellules fraîches et tendres,
Que j'ai peur de rester sans plus aucun neurone,
Si je cherchais pour te faire chavirer
Des mots, des idées, et même des images pour t'amener
Sur le doux son crissant que mes draps chantent
Lorsque tu t'y couches
Je saurais, tu le sais les inventer,
Ces mots doux comme mouches sucrées,
Alors puisque tu le sais...
Plutôt que de me fatiguer encore
Je te dis d'un ton sec
Si tu veux : viens !
J'ai pas le temps de bien t'emballer
Mais c'est pas pour offrir
C'est pour la maison et en plus pour manger de suite...
Un tout petit papier suffira, pas besoin de ruban,
Juste un peu de ruban scotch, ça tiendra bien le temps d'arriver !

Il existe :
Des gens au parfum
Agréable.
Des bouquins introuvables,
Pas de prix,
Jolis.
Comme on dit dans les boutiques
Qui semblent vendre toujours
Trop cher ce que l'on s'ennuie d'attendre.

Je passe et je te lasse
Mais moi, je ne te dis rien.
Et le coeur de mon corps
Garde sa souffrance.
Aiguiser ces couteaux
Qui me blessent
Et m'étripent.
Et va voir chez Anita si j'y suis
Et si je n'y suis pas,
C'est que ma tête est chez Suzanne.
Sinon Victor va hurler en pensant
Que je peux être chez Marie Noëlle
Ou Elizabeth.
Mais si je te dis à toi
Que je suis chez Bénédicte,
Tu vas crier que ce n'est pas de jeu.
Et que le vent du soir
A raison de me voir traîner du côté de chez Vera où
Il y a Anika, Véronique et Capoue.
Si je ne suis nulle part, ni chez Marie Ange, ni chez Laurence,
C'est que je suis chez Florence
Avec ma tristesse et ma haine,
Et mon amour immense pour elle
Et voilà

Arrière-goût
Laissez moi seul avec moi.
Moi c'est moi.
Et même si j'arrive à crier droit contre moi.
Droit c'est mon droit.
C'est que je n'ai pas assez bu.
Boire, c'est mon choix.
Que ta main soit au bout de mon verre.
C'est ta censure sincère
Qui me donne la bouche sèche de toi.

Temps Perdu
Un orgue se trimbale
Dans ta tête.
Il passe du grenier
Au rez-de-chaussée
A une vitesse dingue.
Il saute les marches.
Il plane
Ne se sert pas de la rampe
Et répète inlassablement les mêmes basses monotones :
Elle ne reviendra pas.
Elle n'a jamais existé.
Et tu sais qu'elle est morte
Avant que tu aies pu l'aimer.
Et pourtant ton corps s'est mêlé au sien.
Frissons de savoir qu'un jour
L'été reviendra.
L'orgue change de registre
Et tes années sont mortes
Givrées de tant de temps perdu.

Celle que tu pénétrais
J'ai envie de danser ou pleurer
D'agir, de faire en sorte que mon coeur soit.
La répétition monotone ne fait vibrer
Que certains hommes
Et toi tu vois ou tu passes ?
Sais-tu que la neige n'en finit pas de tomber
Et que ton corps regarde en bas vers une vallée
Verte,
Criante d'amour
Où tu ne seras jamais.
Et un oiseau s'en va dans le brouillard.
Tu as remis ton costume
De cadre de multi-multinationale
Et tu repars en regardant le cadavre violé de ton amour.
De ton amour
Tu sais
Tu sais
Qu'un amour sur deux
Se trompe d'adresse
Et arrive chez le père Noël
Et la basse voix de tes offices
Se fait sentir dans les cours et tu te crispes.
Ta passion se concentre autour de
La pelle qui te sert
À enterrer
Celle que tu pénétrais

Faire du pondératisme
On pourrait croire à te voir que tes yeux se ferment devant la nuit
Mais tes yeux ne se ferment jamais.
Tu vis, les prunelles dilatées par la beauté.
Le noir t'entoure, tu vois la nudité.
Une dormeuse dans chaque pore de ta peau grince des dents.
Froidement tu regardes son corps.
Tu imagines une ignorance totale.
Tu crois que c'est la première fois,
Et c'est vrai, c'est la première fois.
Car cette fois ci tu aimes.

Deux Lèvres
Je connais chaque feuille morte du sentier
Je connais chaque détour du sentier solitaire
Traversant la foule des hommes
Le sentier se perd vers l'infini,
Puis s'arrête devant un mur.
Je connais chaque feuille morte du sentier.
Je connais chaque détour du sentier solitaire.
Le mur s'arrête devant un mur plus grand, un mur énorme
Qui atteint le ciel et cache même le soleil.
Sur ce mur : une bouche.
Deux lèvres rouges attendent un baiser,
Baiser d'automne,
Baiser de mort.

Ville noire
Le ciel noir.
Aucune étoile.
Pas de lune.
La ville morte.
Un homme qui marche dans une rue,
Lentement, lentement, lentement.
L'homme marche,
Pas à pas
Un pas, un autre.
Il ne s'arrêtera pas.
Il continuera sa marche
Jusqu'au matin
Jamais, jamais, jamais.
Le ciel noir,
Aucune étoile.
La ville morte.
Un homme qui meurt dans une rue,
Lentement, lentement, lentement

Délires
La tasse est pleine
D'enfants infirmes
Qui boitent et se traînent
A travers leur grande pâleur.
Couchés ventre à ventre
Ils s'emmêlent et se mêlent,
Se mêlent et se démêlent
Leurs bras, leurs jambes
Leurs seins, leurs bouches,
Leurs yeux, leurs langues
Ils s'emmêlent et se démêlent.

La douceur des sons
La cloche lointaine
D'un orchestre s'entend à travers l'acoustique de ma caisse.
Le ruban de ma tristesse tourne,
J'ai envie que tu me laisses prendre le bleu du ciel
Pour le mettre aux murs blafards
De ma chambre

La solution
Il est une chose inexplicable
Un mystère insoluble
Une énigme demeurée inviolée
Un rébus vierge de toute solution
Il est un problème irrécouvrable
Il est une question sans réponse
Un mot sans sens
Un concept inimaginable
Une idée inconnue
Un rêve oublié
Tellement oublié
Que je ne sais plus comment il est
Tellement secret que j'en ai perdu la clé.

Pomme souveraine
Dans mes mains,
Il y a une pomme.
Une très vieille pomme ridée
Qui a une chair de femme,
Douce au toucher,
Délicate à caresser.
Une pomme souveraine,
L'exemplaire parfait et velouté.
Dans mes mains,
Il y a une pomme.
Une très vieille et respectable pomme,
Une pomme surnaturelle que j'aime caresser.

La colline sacrée
Nous irons devant la colline
Et quand tu seras fatiguée,
Un homme viendra te tuer.
Il s'appelle gardien de la colline sacrée.
Colline devant laquelle, nul ne peut se coucher,
Devant laquelle, nul ne peut s'arrêter de danser.

Un disque se pose
Le lit rouge
Le mur blanc
Le ciel de toutes les couleurs
Passant dans les nuages
La musique du jardin
Pénètre les sillons de ta tête
Le soleil ne va pas assez vite
Et pénètre la fumée de tes cheveux
La mer regarde cela comme une femme
Qu'attends-tu pour prendre ta vie
Comme guide ou comme rejet.

Les femmes de quarante ans
Les femmes de quarante ans
S'assoient sur les palissades
Formant tantôt
Une attitude obscène
Tantôt un faisceau de vierges romaines.
Elles attendent le moment rouge du bourreau.

LE PLUS MAUVAIS TEXTE ECRIT DEPUIS HIER PAR MOI
Quand il y a trop d'aigus,
Mettre du coton dans les oreilles n'est peut-être pas la mauvaise solution.
Le tourne disque capte aussi la radio en bruit de fond.
Des publicités en arrière plan sur la cinquième !
Je vous laisse juge
Tout à l'heure j'écoutais des poèmes de Breton
En même temps
J'apprenais que les banques seraient fermées le lendemain
En raison d'une grève
Voilà qui permet de dater
Nadja s'en foutait pas mal et continuait de son coeur le jeu.
Mais moi ras le bol, le visage en flammes, le front perlé de sueur, de mes mains j'ai délicatement soulevé le lecteur et du haut de
Ma fenêtre sise
Au sixième étage
J'ai laissé choir cet appareil qui n'était qu'imparfait et puis je me suis dit que demain serait un jour comme un autre
Bises à toi demain.

Genoux écartés devant loup noir
Un loup entre tes jambes
Une langue dans ton corps
Il fait froid dehors
Pourtant tu restes là.
Si tu veux être nue devant les loups
Ainsi le silence te répond par l'oubli
Dans ta main une crispation occupe l'espace
Une langue joue et le désir t'envahit
Dans le silence de deux corps
Tu passes le temps à attendre la fin du désir
Et ta vie devant sa bouche
Veut épuiser toute sa volupté.
A jamais.

Autre comptine
Le soleil ouvrit sa porte
Et leur dit
Restez dehors
La vie chauffe mon coeur
La pluie et le vent restèrent dehors mais leurs âmes révoltées méditaient
Que faire pour crever ce ballon d'égoïsme ?
Le perforer avec mon aiguille à tricoter dit la pluie.

Choc !
Voilà, le printemps s'endort et la neige fond
Et d'une seule main, la nature bourgeonne
Elle est violente, la mignonne quand elle rit
Hallucinée par le LSD charmeur des fleurs,
Non, tu vois, la nature ne se drogue pas,
Elle est droguée par le rythme des vagues, par le soleil,
Par la montagne.
Le vent est las, le vent est matelas
Tu te couches sur lui et tu tombes,
Et cela fait choc, et cela fait bleu et cela fait mal.

Croissance interrompue
Croissance interrompue
Par la chute d'un mot
Un mot lourd
Mort Amour
Dur sang coup
En un seul phonème Sel
Sel de la mort
La peau grise et veinée de roche
Les doigts statues et assoiffées de velours tendres
Une gorge rêche et rauque
Qui établit des dernières frontières entre un désir passant et de la pluie qui reste...
LA VIE.
La vie accident.
Rien derrière moi ?
Pourquoi ?
Un son qui dure et qui frappe
Qui existe et qui existe
Rythme et rythme nos pieds battent le rythme, la
musique de la flûte donne le mouvement et puis une autre flûte.

Prière de faire suivre..
Purifier la terre
L'air
Le corps
Nos mots
Nos vies
Nos mains, nos étreintes, nos nuits
Que le désir soit
Que son accomplissement soit
Que nos voix se glissent en lui
Que nos paroles soient douceur sensuelle
Nos mains objets de caresse
Qui font qui agissent et qui frissonnent
Que nos yeux.

Sculpture de chair
Oesophage,
Intestin de soie déchirée
Veine sculptée, coeur de velours rouge
Au reflet humide et noir
Des soleils dans le regard
Et une plainte sourde dans la gorge
Déchirement, l'aorte se brise
Et des éclats d'os
Provenant de la cage thoracique
Se dispersent dans la pièce
Une bouffée de fumée les stérilise
Gauloise sans filtre
Qui remet les os et pièces du mécano individuel
En place.

Oiseau migrateur
Aux ailes chargées d'espoir
Fou et téméraire
Oiseau de pluie de feu et d'angoisse
Franchissant les millénaires
D'un coup d'aile passant
Traversant la couche de nos passés.
De nos pensées.

Volupté
Tu es mienne après des siècles d'attente
Et une main se froisse sur mon épaule
Et des rires au loin enlèvent ta chemise
Et une musique profonde mord ton coeur.

Sans titre
Soie noire sur peau
Lèche à corps
Poèmes de brûlure
Poèmes luxure
D'autres en firent.
Le salaud, l'ordure
Le crapuleux désir
D'être le meilleur.
Le vaniteux désir de comprendre
La vie, la nuit.
De crisper sa peau sur des tiédeurs
De crier sa voix dans des sexes tendus ouverts béants
Des sexes cathédrales, forums, débats et tristesse.

Homme de nulle part
Amène ton verre et viens boire
A la coupe
Du silence total
Que sera
Ma mort
Ta mort
Et
Celle
Des
Autres.

Amusant
Amusant le quartier, la putain
Marche sans que personne
Ne lui parle, ne l'aborde, tel un pirate
Et des jours passent sur son banc
Sa borne, la femme attend
Et des années durant, elle attendra
Des oiseaux, des chats, des chiens l'évitent.
L'odeur de l'amour vite fait
A des scandales animaux
Et une chambre à l'air saturé
Vicié de trente ans de sueur sperme
Et désirs inavoués, inassouvis
Sur son banc place des désirs
La vieille putain attend.
A peine peut-elle marcher
A pas horriblement lents
Que fait-elle dans une chambre couchée éventrée
Et laide
Sans un sourire
Sans une nuit de fraîcheur
Calme et gaie
Avec ce zeste d'indignité !

Avec haine
Chaîne
Passée autour d'un cou
Je te quitte
Je te hais
Avec amour
Soirées pleines de silences amortis par le bruit de la glace qui écrasait notre tristesse.
Je t'aime d'un amour borné égoïste
Traversant le temps comme un gravat l'amour peut aussi n'être pas humide.
Haine pleine de senteurs
Délicates avec un toucher suintant d'humeurs et cette odeur de mer qui s'agite et cette odeur de vague écrasée d'algues et de bouche.

Projet
Une nuit, je dessinerai sur ton corps
Avec ma flûte dorée l'histoire de ma vie
Et tu seras belle et ton corps sera beau
Illustré de mes mille souffrances
De tous les crachats, coups, gifles et verres lancés
A mon visage au cours du semblant de ma vie.
Dans le couloir
Petits pas se posent posément
Avec des grâces
Et des traces de doigts
Sur ta bouche.
Des voitures qui passent
Croisent ton corps ce matin
Avec des couleurs miroirs
Qui éclairent ta pensée.

24-12-91
Je marche à la surface de mon sommeil
Prêt à redescendre au moindre appel de mes rêves.

Rêve
L'autre jour au magasin
Une fille est passée devant la caisse
Ne s'est pas arrêtée
A couru très vite
Et a tourné le coin de la rue.
Le marchand souriant a crié :
Quel malheur
Mes petits pois, cidre bouché, pain complet,
Escalope panée et mimolette s'en vont courant
Puis est sorti, son sourire disparu
En criant :
Mes petits pots, mes tomates, mes oeufs mimosa, lentilles préparées et steak haché
Passée la porte le marchand souriant
Au sourire maintenant disparu
Courut
Et passa le coin de la rue
C'est alors
Que j'ai ouvert le tiroir caisse
Et que j'ai pris des tas de billets colorés
Et beaucoup de pièces rondes
Des sardines piquantes,
De l'huile d'olive et du café du Brésil,
Des oranges du Paraguay.
Et en souriant, j'ai rejoint la fille doucement,
Celle qui avait passé le coin de la rue...

Mort du silence
Non, revenir est impossible
Sur ses pas sans oublier.
Il n'y a plus que la peur
d'être à jamais détesté.
Ce n'est pas par amour
que changera la nuit
Ou la solitude des êtres.
Le vent qui coule de tes lèvres
M'apporte la senteur
M'apporte cette odeur
Odeur de fraîcheur
De fleur coupée
De femme aimante
Le vent qui sépare nos corps
Caresse nos cheveux
Et fait hurler nos voix.
Nos voix qui tuent.
Tués par des mots
Les corps s'éloignent
Et plus rien ne s'entend.

Suite du Silence
Notre amour est amitié
Tendresse et caresse.
Notre amour est sourire
Richesse voluptueuse.
Quand tu regardes la nuit
Nos yeux se rejoignent
A travers l'espace
A travers l'air glacé.
Quand tu parles au soleil
J'entends tes mots
Et je comprends tes mains
Qui prennent des fleurs.
Ces parfums tourmentés
Qui me prennent ma force avide.
Mes lèvres se dessèchent
Sans l'eau de ta parole.
Mes mains glissent
Sans tes mains pour les tenir.

La fin du silence
Le poids de ta vie sur moi
Voilà de quoi rêver toujours.
Le vent de toi à moi
Etouffe nos mots
Etouffe nos idées et notre vie
Sans aucune gêne.
Avec le soleil comme seul regard
Tu passes dans mon coeur sans cesser de parler
Des yeux du soir et de tes amis lointains.

Ma Florence attend un enfant
Ma Florence attend un enfant qui me ronge la cervelle de
ma propre peur de ne pouvoir devenir riche pour lui offrir
des dentelles roses traversées de rayons de soleil avec
un cèdre comme ombrelle, et un pin parasol comme lit,
trois vagues, une bouche et deux yeux tous simples,
c'est étonnant, c'est curieux, c'est Calder ou Miro ou
Moore dit Florence qui attend notre enfant qui me ronge
la cervelle de ma peur de ne pas devenir riche de ne
pouvoir lui offrir les vagues qui lèchent les collines et le
vent qui caressera ses petits doigts de pieds au bord de
son berceau.

Tu hurles
La bouche de cette fille,
Les mains douces de cette fille,
Sur le corps, sur les hanches.
Sur les mains
Glisse le désir.
La bouche de cette fille sur la bouche.
Les lèvres sur les mains et la gorge,
Sur la vie de ton corps.
Tes cheveux sur ses épaules
Le front sur son cou
Et ta main dans le creux de son corps.
Tu hurles
Car tout ceci n'existe pas.
Il n'y a qu'un verre vide sur un plancher sale.

Main
Rien
Pas de main sur ma main
J'attends,
Toujours rien
Toujours pas de main
Sur ma main,
J'attends,
Toujours ma main
Belle,
Et pas de main
Sur ma main,
Rien,
Pas de main sur ma main,
J'attends,
Toujours rien,
Toujours pas de main,
Rien,
J'attends

Lisse
Sur un grand lit couchée
Une femme malgré sa vieillesse attend encore
Un peu de tendresse.
Elle espère dormir pour la vie triste.
Elle veut perdre
Derrière elle
Le sillage noir
Des souvenirs dorés.
Elle a dans sa main un peu de richesse
Un lent mouvement ondulant.

Les choses inégales
Les choses légales
Sont passées dans les mains de tous
La loi transformée a absorbé
Le droit de sourire
Jamais le monde n'a souffert sans le vouloir.
Le roseau pensant est breveté
L'immensité règne
Ils avaient raison de dire que l'homme
Est destiné à faire les beaux jours des dieux.
Demain le train partira.
