Évitons de léviter, comme disait le ver, dans l'esprit de celui qui lisait un fabuleux roman disparu comme celui que vous êtes en train de lire.

Car celui qui lévite se met en montre, attire l'attention des autres et peut se faire critiquer sur son style : — oh il lévite mou, il lévite bizarre sans conviction comme s'il pensait à autre chose ou encore, si j'osais léviter ainsi je me flinguerais… ou j'irais me baigner avec une pierre autour du cou…

Ne lévitons donc pas mes amis, en public, sauf si vraiment nous ne pouvons faire autrement. Si une jolie fille vous demande de léviter pour elle avec des larmes de rosée débordant de ses paupières ourlées de velours rose, lévitez un peu pour elle mais rien que pour elle, en vous mettant tous les deux dans un endroit discret.

Je vous suggère un endroit pourvu d'un matelas car si vous lévitez et que vous cessez de léviter, il vaut mieux retomber sur quelque chose de mou et confortable.

Du rapport entre la lévitation et la levure

Si la lévitation n'a pas besoin de levure pour fonctionner seule, le pain pour lever doit absolument en contenir.

Recette du pain au levain (à réaliser soi-même à la maison) Mettre un peu de farine dans un bol. Ajouter une cuillère à café de miel et un peu d'eau. Former une pâte de la grosseur d'un œuf. Couvrir le bol d'un linge humide et laisser reposer dans un endroit tempéré deux à trois jours. Ajouter alors un peu d'eau et de farine après avoir retiré la croûte si celle-ci s'est formée. Laisser à nouveau reposer quelques jours. La veille de la cuisson, mélanger à 100 g de farine une portion du levain et de l'eau tiède jusqu'à l'obtention d'une pâte légèrement liquide. Laisser reposer toute la nuit. Le matin, ajouter 400 g de farine, deux cuillères à café de sel fin et de l'eau tiède nécessaire. Pétrir 15 à 20 minutes. Faire les incisions, laisser monter cinq à six heures. Cuire à 250°C environ 35 à 40 minutes. Laisser refroidir avant de consommer. (1)

Mécanisme scientifique de la lévitation

La lévitation est le produit de la méditation sur les synapses du cerveau. Quand le cerveau médite bien, à fond, au bout de trente ans de méditation quotidienne à raison d'au minimum deux heures par jour, la méditation commence à faire chauffer les cellules nerveuses qui en chauffant produisent un gaz qui par capillarité se diffuse à travers les pores du méditant et gonfle tout doucement et de façon imperceptible la deuxième peau invisible formée par l'Aura (3) devenue imperméable par la force de la méditation.

Quand la sous-couche de peau est gonflée à bloc, des rayons lumineux semblent jaillir du corps du méditant. L'air semble vibrer autour de lui. En réalité, il ne semble pas vibrer, il vibre réellement. Et doucement en se dandinant, le méditantionnant (4) se met à trembler très doucement, au ralenti. Puis il se détache du sol avec une lenteur infinie — et c'est le moment où l'observant peut glisser une feuille de papier entre le lévitant et le sol, puis c'est un doigt, puis trois, puis le poing et enfin le bras entier…

Le lévitant à l'air libre est perdu à jamais sauf s'il s'arrête de méditer. C'est pourquoi il est recommandé aux lévitants en plein air de toujours se munir d'un petit parachute du type de ceux utilisés par les travailleurs des étages élevés des immeubles de plus de 20 étages. Ainsi en cas de forte lévitation interrompue, le lévitant pourra redescendre sur terre lors de la descente à une allure plus douce et plus régulière qu'un boulet de canon retombant avec la grâce d'une enclume.

La méditation permet aussi de ne plus avoir besoin de respirer quand le corps humain est à plus de 5 000 mètres d'altitude.

Enfin, un dernier conseil : ne méditez pas en plein air. S'il y a si peu de lévitants, c'est qu'ils sont partis très loin, très hauts, à des milliards de kilomètres. Et ce que vous voyez comme des petites lumières dans le ciel que vous appelez étoiles ne sont pas des corps célestes mais des lévitants partis trop loin, trop vite, qui tous seuls dans le noir de la nuit sombre fument leurs grands cigares cosmiques pour se consoler et se rassurer.

Notre Mouvement

Évitons donc de léviter en public, comme disait celui dont l'esprit était habité par le ver de solitaire de la passion funeste de jouer avec les mots quels qu'ils soient où qu'ils soient et surtout s'ils n'étaient pas dans sa tête. Gardons secrète cette pratique.

Méditons dans le secret de notre chambre avec un peu de thé. Mais dis : thé et si possible au bord de la méditerranée. Méditez, mais dis thé, méditerranée !

Cela sera le mot d'ordre de notre mouvement pour l'année qui vient, n'oubliez pas, chers méditationnants, que le but de notre Mouvement est de créer une Université Méditante Médiante Pour La Paix (UMMPLP).

Dans cette université, les étudiants au nombre de 80 000, dégagés de toute obligation sauf la méditation, seront baignés d'une musique douce et planante, nourris de plantes élevées sans produits chimiques dans des sols labourés sans stress par des jeunes filles vêtues de blanc qui auront gratté la terre de leurs ongles nacrés pour y semer les graines nourrissantes.

Nulle viande, nulle chair d'être vivant ne franchira leurs lèvres. Leur ordinaire sera composé de tofu, de graines de soja grillé, d'avoine concassée bouillie, de grains de millet soufflés.

GRÖT — Recette scandinave traditionnelle (5) De l'avoine bouillie dans un mélange d'eau et de lait jusqu'à ce que ça fasse une bouillie — mélanger souvent sinon ça tue la casserole. On met une louche de bouillie bien chaude dans une assiette creuse, on saupoudre de sucre et de cannelle, on arrose le tout avec du lait froid, et on mange. C'est un peu lourd, mais très bon. La tradition veut aussi qu'on dépose une écuelle dans une grange — ou le grenier, enfin un endroit tranquille — pour les gnomes et lutins.

Du complot contre la méditation

La méditation revient de loin. Dans ces temps contemporains, les hommes ne sont heureux que lorsqu'ils subissent l'action de quelque chose d'autre : musiques, sons, bruits de radio, de films, de voitures, d'avions. Rien ne s'arrête jamais autour de lui. Tout circule sans fin. C'est en fait un complot pour tuer la méditation dans l'homme. Car si l'homme médite, le mal s'arrête, le calme revient, les usines d'armement ferment et les petits oiseaux font glou-glou.

Imaginez des métros vides, des rues désertes et toute l'humanité assise en tailleur sur sa descente de lit, les mains sur la tête, en marmonnant « Shen Zen, Schengen » afin d'unir l'accord et le désaccord, l'art et la bureaucratie, le talc et le papier, le noir plongé dans la nuit obscure et les projecteurs des douaniers.

Des inventaires nombreux verront disparaître les biens de consommation inutiles. On troquera un sourire contre une gorgée de vin. Mais avant d'arriver à cela, nous devons rassembler des fonds. Et cet argent nous pourrions le prendre là où il est — attaquer les banques avec nos mains, nos ongles, nos dents et nos griffes — mais nous, les méditationnants, sommes des êtres pacifiques et bêlants et nous bêlons donc tendrement mais avec insistance pour demander à tous ceux qui ont de l'argent en trop de le donner à notre fond pour la construction de l'UMMPLP.

De la Paix comme seul vrai luxe

La Paix n'est pas donnée à l'homme. C'est le stade ultime de la condition humaine qu'il se doit de conquérir. C'est le seul vrai luxe de l'humanité. Quand l'homme sera en paix, il pourra mourir étouffé dans son amour, heureux, béat de mourir non pas sous les balles, à cause de la faim, de la vieillesse, de maladie, de froid — mais juste d'amour, tous serrés les uns contre les autres.

Méditation guidée

Je propose maintenant que nous écoutions, où que vous soyez, quelle que soit l'heure, quoi que vous fassiez, la plus belle musique que vous connaissez. Cet album que vous adorez. Et si vous ne l'avez pas à côté de vous, concentrez vous sur le début de la musique et chantonnez doucement.

Maintenant, imaginez que vous êtes une figure géométrique — celle que vous voulez, celle qui vous plaît le plus, de la couleur et la matière qui vous séduit le plus. Imaginez que vous flottez dans une absence de sensation, une absence de lumières et de couleurs. Vous n'êtes que cette figure géométrique là, juste de cette couleur, de cette matière, avec une absence autour de vous. Plus rien n'existe que vous et cette musique que vous chantonnez doucement. Laissez l'absence s'emparer de vous. Soyez juste forme géométrique et couleur, matière et musique. Laissez vous devenir un petit délire de l'univers.

Quand vous ne serez plus que forme, couleur et petit chantonnement, essayez de visualiser la forme que vous donneriez à l'amour — la couleur qu'aurait l'amour. Pas un petit amour de rien du tout, mais l'Amour universel, celui qui fait tourner l'univers, qui fait trembler les continents et vaciller les galaxies comme des lustres au plafond de la salle de bal quand l'orchestre joue à fond et que vous allez vous élancer sur la piste de danse.

Concentrez vous, essayez de visualiser cet Amour là. Il peut ressembler à n'importe quoi. Pour certains, ce sera un poulpe battu par un pécheur sous le soleil grec à l'aide d'une rame, la sueur dégoulinant du dos du frappeur tandis que le son de la rame sur le poulpe — « Flochkp, flouipchk » — rythme les coups. Pour d'autres, l'amour ressemble à un tout petit caillou blanc, remué doucement par une vague timide qui sans cesse vient et revient, et le petit caillou vacille sur sa base, il va rouler, non, il tremble, se ressaisit et retombe sur ses pattes, levant bien haut sa tête de petit caillou fier de résister à l'océan.

Il est autant de représentations de l'Amour que d'hommes. Sentez vous l'énergie positive qui se dégage de vous et revient vers vous en s'amplifiant, nourrissant votre pensée d'ondes de plus en plus fortes.

Votre pensée se renforçant d'elle-même, autophage et vibration qui par sa vibration même s'amplifie et grandit. L'énergie que vous dégagez est comparable à la puissance nécessaire pour faire pousser d'un dixième de millimètre un cil de votre paupière. Imaginez maintenant que vous soyez des milliers à dégager en même temps cette énergie — vous pourriez influencer le monde, changer la couleur de la terre, faire vaciller tout l'univers et surtout faire baisser les bras à la guerre.

Ainsi des milliers de méditants réunis, dans de bonnes conditions, dans un environnement clair, sain, beau — car le beau aide à être juste — vous pourrez concentrer en vous pour le projeter autour de vous la plénitude de l'amour absolu.

Maintenant, ensemble méditons !

Bruno Bernier — sans doute en 2003, publié sur bleu.org

(1) Source de la recette du pain au levain : univlemans.fr/colleges/les_sources/pain/recette.html

(2) L'adjuvant est quelque chose qui s'ajoute à une autre. Ne pas confondre avec l'adjudant qui peut aussi s'ajouter à une autre, mais qui n'a rien à faire avec notre problème.

(3) L'Aura : personnage biblique corrompu, s'écrivait « Laura », était la femme publique de tous, la prostituée privée donnée par Dieu à chaque homme. Les anges gardiens les ont presque totalement massacrées vers l'an 550 A.J.C. Par corruption ou à cause de leur rareté, les Laura sont devenues des (L)Auras. L'élision du (L) est sans doute une ablation symbolique de l'aile qui permettait aux Laura de voleter d'une couche d'homme à une autre. Les Laura des femmes s'appelaient des Loriots. Ils se sont transformés en oiseaux qui ne sont plus qu'insignifiance.

(4) Méditantionnant : personne qui médite dans le but de se libérer de toutes contraintes, de toute domination idéologique, et qui appartient au Mouvement.

(5) Source de la recette du gruau : pariscapnord.com/infos/recette/grot.htm